Benjamin Suchar, créateur de Checkmymetro, revendique plus de 30 000 téléchargements de son application lancée il y a tout juste un an. La RATP n’aura sans doute pas vu d’un bon oeil cette petite application sociale qui cible les usagers du métro. D’une part parce qu’elle permet de signaler aux resquilleurs les stations où opèrent les contrôleurs mais aussi parce qu’elle reproduit certaines de leurs données comme les plans ou les horaires. Selon Benjamin Suchar, l’exploitation de ces données n’est qu’une réutilisation normale de données publiques, pas pour la RATP qui aurait demandé à Apple de retirer Checkmymetro de l’Appstore. Entre EPIC et Opendata, le combat a commencé.

 

DataNews : Ton actualité concerne le conflit que tu as avec la RATP. Tu peux le résumer en deux mots ?


Benjamin Suchar : On a lancé une version 1 de Checkmy metro l’été de l’année dernière. Il y a quelques mois en mai, nous avons lancé une version 2 qui apporte de grandes nouveautés en terme d’interface, d’expérience utilisateur, et de fonctionnalités. Et notamment la carte du métro parisien ainsi que les horaires et les itinéraires. Peu de temps après on reçoit un courrier de la part d’Apple qui nous indique que la RATP leur a demandé le retrait de l’application pour cause de violation de propriété intellectuelle. Ayant connaissance de cette information, on a été très surpris car la RATP à aucun moment ne nous a contactés directement. C‘est Apple qui a fait l’intermédiaire Malheureusement on sait que légalement la RATP est dans son droit. Donc on répond qu’on va enlever la carte et les horaires. Cependant on s’interroge sur ce reproche qui nous est fait étant donné que ce sont des informations qui sont accessibles publiquement, notamment pour les horaires sur n’importe quel navigateur de téléphone. Donc on s’interroge : un organisme qui a une mission de service public ne devrait-il pas diffuser ses données au plus grand nombre ? Il faut savoir que la logique de la RATP en tout cas jusqu’au 23 mai date à laquelle ils ont rendu leur application Iphone gratuite était de faire payer l’accès aux données à travers des applications payantes.

DN : L’affaire a encore connu un rebondissement ensuite..

BS : Oui suite à notre email, on a eu absolument aucune réponse. En revanche, quelques temps après, la RATP diffuse un communiqué dans lequel elle se déclare satisfaite des échanges avec moi [un tweet visible ici à la date du 21 juin et un communiqué sur leur site] et elle précise même qu’elle n’a jamais demandé le retrait de l’application de l’Appstore. Or nous n’avons jamais eu aucune réponse de la RATP. Et ils se trouvent en flagrant délit de contradiction puisque j’ai un email qui prouve que la RATP a bien demandé le retrait de l’application Checkmymetro. Donc on répond par voie de communiqué, ce qui devient un peu acadabrantesque car on il aurait simplement fallu nous contacter directement. On demande donc à la RATP de nous contacter pour se rencontrer et trouver une solution amiable. Sans succès jusqu’à aujourd’hui. On vient d’être approchés, à l’instant où je te parle [l’interview a até réalisée vendredi 24 juin à 17h] pour éventuellement organiser une rencontre avec un membre du cabinet d’Eric Besson.

Benjamin Suchar, fondateur de Checkmymetro

 

DN : Vous n’avez aucun contact direct avec la RATP à ce jour ?

BS : Aucun. On a répondu à l’email que nous a forwardé Apple. Et la RATP ne nous a jamais répondu. Et on a appelé publiquement sur notre blog ainsi qu’en répondant à leur tweet, on a appelé publiquement à ce qu’ils retirent leur plainte auprès d’Apple et à organiser une rencontre pour trouver une solution à l’amiable et on a eu aucune réponse non plus à ce niveau là.

DN : Leur argument repose notamment sur la propriété intellectuelle de leur carte et la reproduction de leurs horaires. Pour la carte qu’est ce qui t’empêche de produire une nouvelle carte de métro finalement ?

BS : On pourrait mais il faut faire attention. A partir du moment où elle s’approcherait de la carte actuelle, on pourrait m’accuser de détournement et de copie, donc il faudrait faire quelque chose de radicalement différent. Cette carte a été diffusée gratuitement pendant des années à l’ensemble des 7.4 millions d’utilisateurs qui utilisent le métro tous les jours. Elle est imprégnée dans l’esprit des gens. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on s’étonne que cette carte ne soit pas publique. Aujourd’hui on sait qu’on pourrait proposer une carte différente mais on sait que nos usagers seraient déboussolés et ne l’utiliseraient pas car trop différente de celle à laquelle ils sont habitués. C’est effectivement ce vers quoi on tendra si jamais la RATP continue à nous interdire cette carte mais on trouverait ça hypocrite de notre part de reproduire la même chose un peu différemment. On préférerait que cette carte soit diffusée au plus grand nombre pour un organisme qui a une mission de service public.

DN : Tu parles de service public mais ces utilisateurs sont aussi des usagers qui paient leur abonnement. Quelque part la carte diffusée par la RATP ne leur est-elle pas due en tant qu’usager ?

BS : C’est exactement ça : les usagers sont des citoyens qui utilisent des infrastructures qui sont gérées par la RATP et ces citoyens, usagers ont le droit, à mon sens, d’accéder par quelque biais que ce soit, dans la loi ce n’est pas le cas, à ces informations. Aujourd’hui n’importe qui ne peut pas proposer de réutiliser une carte du métro, on est bloqué alors qu’on parle d’un service qui a un intérêt général.

DN : Si on se place de leur point de vue, il y a quand même une certaine logique : pourquoi un EPIC [Etablissement Public à caratère industriel et commercial] pourrait donner gratuitement des données publiques à une entreprise privée qui elle pourrait en tirer des bénéfices ?

BS : Etre dans cette logique signifierait donnerait à la RATP un rôle d’entreprise privée qui répondrait à ses intérêts propres. En tant qu’entreprise publique, on pense que la RATP devrait agir dans le sens de l’intérêt général. Il a été démontré à l’étranger, dans d’autres villes, qu’offrir ces données gratuitement telle que la carte ou les horaires du métro pouvait être facteur d’innovation permettant à des start-up de créer des services innovants et de créer de la valeur, de l’emploi, des impôts. Du coup, on ne comprend pas pourquoi cet organisme n’ouvrirait pas ses données comme Rennes, Bordeaux ou Nantes l’ont fait. [ndlr Il faut distinguer les villes, des régies de transport]. On pense que la RATP est dans une logique de fermeture qui va à contresens de l’histoire.

DN : Tu parles d’exemples à l’étranger, auxquels penses-tu ?

BS : La ville de Chicago par exemple qui a organisé un concours offrant 50 000 dollars pour la meilleure application pour le métro. C’est l’exact contrepied de la RATP. On peut citer Londres dont une application permet de voir en temps réel où se trouvent les rames.

DN : Quelle est la prochaine étape ?

BS : D’une part j’appelle la RATP à prendre contact avec moi dans une démarche et dans une logique transparente, ce qui n’a pas été le cas pour essayer à l’amiable de trouver une solution. Et au de-delà, j’aimerai porter le débat général sur l’opendata, sur la libération des données publiques et qu’on légifère sur le sujet. Il faut comprendre quelque chose de très spécifique ici : c’est que les données publiques devraient obligatoirement être accessibles. Simplement la RATP est ce qu’on appelle un EPIC, un établissement à caractère industriel et commercial, et dans la loi quand on a retranscris une directive européenne qui est la directive Inspire qui impose l’ouverture des données publiques, on a exclu ces EPIC. Par conséquent, la RATP est dans son droit si elle veut garder ses données et ne veut pas les partager. C’est pourquoi on lance un appel au législateur pour faire en sorte que ces EPIC, soient pris en compte dans l’ouverture des données. Il faut savoir qu’à l’étranger, c’est le secteur des transports qui a le plus bénéficié de l’ouverture des données publiques.

DN : Dans les autres villes de France ayant un métro, tu as essayé de contacter régies gérant les transports ?

BS : Il faut savoir que nous avons des applications disponibles pour les villes de Toulouse, Lyon et Lille et que nous n’avons eu aucun problème avec ces autres régies.

 

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1 comment

  1. Abulmich says:

    août 12, 2011

    Une application comme Metro par Presselite utilise le plan de métro parisien et même du RER, ils n’ont pas rencontré le même genre d’obstacle ?

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