Vidéo – Star française du Data Journalisme, NKB répond à Data News pour une interview 75% data et 25% LoL, parce qu’il faut pas déconner, quand même.

DataNews : Ca fait un moment qu’on parle du data journalisme et de l’ouverture des données, où en est-on aujourd’hui ?

Nicolas Kayser-Bril : L’accès aux données reste très compliqué encore aujourd’hui. Pas mal d’initiatives ont lieu sur l’ouverture des données publiques mais on reste dans une logique très topdown où c’est le décideur qui va gracieusement mettre en ligne cinq ou dix jeux de données. C’est ce qui s’est passé pour l’ouverture des données publiques à Paris où on nous présente quinze jeux  de données et on nous dit “voilà on a ouvert !”. Mais avoir le nombre de naissances par hôpital à Paris, ce n’est pas très intéressant. Ce qui l’est plus ce sont les budgets détaillés et ça on ne les a toujours pas. Ensuite dans le travail au quotidien sur les données, ça reste compliqué d’avoir accès aux données publiques alors qu’il y a beaucoup de choses qui se font au niveau des organisations internationales : Eurostats met en ligne sa base depuis très longtemps, la Banque mondiale fait ça depuis l’année dernière, le Fmi s’y met aussi. Par contre en ce qui concerne les collectivités locales quand on besoin de quelque chose de très précis, c’est plus compliqué. J’ai fait une demande récemment pour obtenir les déclarations préalables de manifestation qu’on dépose en préfecture. Je voulais les obtenir pour savoir de quelle manière évoluaient le nombre de manifestations et sur quel thème. Car il faut savoir depuis 2007 le nombre de manifestations à Paris a été multiplié par deux. Pour savoir cela, j’ai appelé la préfecture. On m’a opposé un refus catégorique. Alors on est reparti dans des démarches CADA depuis trois mois et on est encore en plein dedans. C’est toujours aussi difficile de faire appliquer la loi.

Y a t-il plus de datajournalistes ?

Je ne sais pas s’il y a plus de data journalistes. Je sais que beaucoup de journalistes s’y intéressent et font des choses. Maintenant savoir si c’est un mouvement de fond, je ne saurai pas te dire.

Les grands médias s’ouvrent-ils au datajournalisme ?

Oui, ils ont en tous cas envie d’essayer de faire de nouvelles choses sur Internet. La société 22 Mars qui édite  Owni les aide notamment dans ce domaine. Mais encore une fois, savoir si on est dans de la cosmétique ou des changements de fond, c’est difficile à savoir. Ca fait longtemps que les médias traditionnels  essaient de se renouveler sur Internet et ça fait aussi longtemps qu’ils  n’y arrivent pas forcément donc là encore on ignore si le mouvement va perdurer.

Tu as l’impression qu’il y a un hiatus générationnel sur ce sujet du datajournalisme ?

Non je n’en ai pas du tout l’impression car j’ai eu la chance de faire pas mal d’interventions en école de journalisme cette année et je me suis rendu compte que ce n’est pas non plus parce qu’on est jeune qu’on sait faire une division. C’est aussi simple que ça. Il y a plein d’étudiants qui viennent vers le journalisme pour les mêmes raisons qu’il y a trente ans : voyager, rencontrer des gens, raisons qui ne sont plus du tout les mêmes aujourd’hui. Maintenant faire du journalisme, c’est faire beaucoup d’investigation derrière l’écran, c’est aussi organiser une communauté pour amener de l’information. C’est travailler avec les données car les pouvoirs publics utilisent beaucoup les données donc si on veut comprendre leur discours et pouvoir le déconstruire il faut savoir analyser les chiffres qu’ils nous présentent. Il faut aussi savoir faire des choses aussi bêtes que faire des ratios, évaluer des tendances, faire des corrélations,  ça fait partie de la boite à outils des journalistes d’aujourd’hui. Et c en’est pas parce qu’on est jeune qu’on sait faire ça.

Tu as vu naître des vocations de datajournaliste ?

Ce qui est intéressant,  c‘est qu’on a beaucoup de métiers qui n’orbitaient pas du tout dans la sphère du journalisme avant et qui aujourd’hui s’y mettent comme les statisticiens et les développeurs. On travaille beaucoup avec les développeurs qui auront un rôle journalistique et une pertinence éditoriale qui n’est pas moindre que celle des journalistes. De la même manière, quand on recrute, on voit parfois des développeurs devenir journalistes, ou des anciens chef de projet qui veulent être développeur chez Owni parce que c’est plus intéressant.  Il y a une dynamique des métiers qui est quelque chose de vraiment nouveau.

Et le fait de donner du pouvoir à des non-journalistes dans la création de la formation, ce n’est pas gênant ?

Non je ne pense pas. On en revient au débat qu’on avait eu au début du web 2.0 vers 2005/2006 sur «qu’est-ce qu’un journaliste ?”  et ce débat autour du journaliste citoyen ». On en est un peu revenu. On sait bien que le journalisme citoyen ce n’est pas si simple que ça. Maintenant savoir ce qui fait un journaliste, on en sait toujours rien mis à part que c’est quelqu’un qui a une carte de presse, soit une définition encore très insuffisante. Est-ce que la personne qui va donner une info dans le cadre d’une opération de crowdsourcing ne fait pas journalisme elle-aussi ? Ce sont des questions auxquelles on a toujours pas de réponse.

Vous avez des comptables qui font du datajournalisme chez Owni ?

Euh.. Il n’y a pas de comptable qui fasse du journalisme chez Owni non.

Parce qu’Albert Londres étant comptable de formation... Peut-on faire du journalisme avec une seule donnée ?

Bien sûr ! Il y a toujours le problème de la mise en contexte de cette donnée. On a un bon exemple quand Brice Hortefeux a annonce l’été dernier très fièrement que la déliquance des roumains avaient augmenté de 350 % en un an. Or là par exemple le boulot du datajournaliste va être de demander de quel chiffre on part pour avoir celui-ci. Car si on passe de 2 à 6 faits de délinquance, on a effectivement une augmentation de 300 % mais ce n’est pas pour autant que les roumains posent problème..

Faut-il savoir utiliser Excel pour faire du bon datajournalisme ?

Il est indispensable de bien savoir utiliser Excel ! Ou un autre logciel de tableur. D’abord parce que les données sont disponibles la plupart du temps sous un format tableur. Quand on contacte une mairie par exemple pour avoir l’évolution d’une mesure sur x années, ce sont souvent des fichiers excel qu’il faut ensuite utiliser pour étudier les données, faires des corrélations, trouver des moyennes rapidement.

Ca rapporte le datajournalisme ?

Beaucoup ! Parce que ça permet d’avoir une nouvelle grille d’analyse sur l’information donc ça rapporte en terme journalistique,  en terme de crédibilité, d’investigation. Financièrement aussi puisque l’actif du média c’est la confiance qu’il inspire à ses lecteurs. Au début quand on parlait de data journalisme il y a cinq ans, on pensait que ce serait génial car les bases de données génereraient du clic et des milliers de pages vues. Mais ça ne marche pas du tout, le meilleur exemple est celui de everyblock.com créé par Adrian Holovaty qui est un peu le père du data journalisme des années 2000. Son site est une sorte de gros répertoire de données déclinées quartier par quartier : aujourd’hui ça fait près de 200 000 pages vues par mois.

Le data journalisme rapporte combien ?

C’est une bonne question mais on ne fait pas encore de comptabilité analytique. 22 Mars qui est la société éditrice d’Owni vit en partie du data journalisme puisque ça fait partie des solutions qu’on propose aux clients. Beaucoup de médias viennent chercher chez nous des solutions de datajournalisme mais aussi des institutions, des ONG, des entreprises qui ont des problématiques. Une ONG, qui a un rapport annuel avec plein de données dedans que personne ne va lire, viendra nous voir pour faire une interface intelligente de consultation qui permettra de rendre l’expérience plus ludique et plus intéressante pour l’utilisateur. Donc oui dans ce cadre là, le datajournalisme rapporte, je crois que c’est à peu près 40 % du chiffre d’affaire de 22 mars.

Les data journalistes vénèrent-ils Julian Assange ?

Julian Assange avait une place particulière chez Owni et sans doute dans la communauté des datajournalistes l’année dernière. On a collaboré avec Assange sur les documents irakiens et cette collaboration a eu lieu parce qu’on avait déjà travaillé sur les documents afghans en juillet dernier sur une interface de consultation. Quand ces documents afghans sont tombés un dimanche soir, on s’est dit que c’était pour nous, alors on passé 36 heures non stop sur ces documents. Donc oui, c’est certain que cette mise à disposition de documents bruts était très intéressante. Et on rejoint de manière partielle cette problématique de l’opendata car on a eu cet accès aux documents bruts. Sauf que dans Wikileaks, ces documents n’auraient pas du être légalement être publiés. Maintenant en ce qui concerne la vénération de Julian Assange, je laisse chacun s’en faire sa propre opinion.

Tu admires un datajournaliste en particulier ?

Le premier datajournaliste et qui sert d’exemple c’est comme je le disais Adrian Holovaty et ce qu’il a fait avec Rob Curley où ils ont révinventé le journalisme local en faisant des bases de données de restaurants ou en montrant les résultats d’équipe de foot scolaire. Là encore, en terme d’expérience utilisateurs, c’est un vrai service pour un habitant d’une communauté.  C’était en 2004/2006, à une époque où Googlemaps n’existait pas encore.  Ca apportait une valeur énorme donc c’est un peu l’exemple à suivre. On peut considerer que ce font le Guardian et le New York Times est très intéressant aussi. Le seule problème c’est qu’ils ne font pas du tout ça dans une logique de profitabilité. Quand ils en parlent ils disent qu’ils perdent de l’argent mais “beauouip moins que le rédaction” donc ce n’est pas forcémént un exemple à suivre.

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7 comments

  1. Amazed says:

    mar 4, 2011

    10 000 signes d’interview et je n’ai toujours pas compris la différence entre datajournalisme et journalisme tout court.
    Perso ça fait 20 ans que je trouve et vérifie mes chiffres et croises mes infos…. Ne réinventez pas la roue

  2. jo says:

    mar 4, 2011

    Hey, j’aime bien ce genre de commentaires. Le Datajournalisme est donc du journalisme. Pas plus pas moins. Cf. L’edito

  3. plop says:

    mar 9, 2011

    Le montage est vraiment trop horrible. Mieux vaut un plan fixe que des plans de coupe loupés…

  4. jo says:

    mar 9, 2011

    Aïe aïe aïe. Plop, tu viens nous filer un coup de main sur le prochain tournage ?
    J

  5. Jb says:

    mar 26, 2011

    Pas du tout j’ai trouvé Nicolas très sexy :)
    Je ne l’avais pas encoure vu sous ce angle

  6. péteur et steveune says:

    mar 26, 2011

    en fait, le data journalisme, c’est du journalisme total, comme dans la classe américaine !!

  7. dataman says:

    mar 26, 2011

    Bravo ! Tu as tout compris sauf que Peter, Steven et Dave sont super baleses en déguisement.

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